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Né il y a quelques années, no 2 n'a pas dormi pendant 19 mois, se réveillant chaque nuit. Ceci coïncida avec mes trajets à Zürich (réveil à 4h15). Un collègue a noté ma tronche de déterré. La première chronique était née.

vendredi 23 septembre 2016

Matinale - 23.09.2016

En apprenant, récemment, que les femmes saoudiennes n'avaient pas le droit de conduire, je me disais que, finalement, les arabes étaient des gens pleins de bon sens...

Je n'avais pas réalisé que ce n'étais pas par souci de sécurité routière !?

Merci de ne pas envoyer de texte d'insulte en majuscule... ça perd en lisibilité !


mardi 30 août 2016

79 - Ultraks 3ème !

Amis des biquettes et des bosses, bonsoir !                       

Je sais déjà ce que tu vas dire, lecteur fidèle et néanmoins attentif : tu as fini 3ème à l’Ultraks ????? Bravo Le Père !!!

Qu’est-ce que ça aurait de si surprenant !? Ton manque de confiance en mes capacités me fait une peine énorme…

Non, c’est ma 3ème participation ! Je suis quand même vexé que tu n’y aies pas cru 10 secondes…

Retour à Zermatt ! Ses chèvres bicolores, ses moutons, ses touristes japonais, chinois et autres trailers qui s’ébattent en toute liberté sur les coteaux pentus, mais c’est surtout le Cervin ! Zermatt où il fait tout le temps beau… sauf le jour de l’Ultraks en cette année de grâce 2016 !

Rappel des faits quant à l’Ultraks 46k : partant de Zermatt, cette délicieuse balade bucolique fait monter les coureurs (marcheurs, seuls les quelques premiers peuvent courir dans des montées pareilles !) au Görnergrat en passant par le sommet de la montagne (passage à plus de 3’100m, vue à couper le souffle sur les plus hauts sommets suisses), avant de redescendre presque jusqu’à Zermatt (Furi est à 1’880m)… Pour remonter à Schwarsee (2’600m) par une montée diabolique qui coupe les petites pattes arrières… pour redescendre à 2’200m, avant de remonter quasiment à 2’800m, avant de re-re-redescendre sur le dernier ravitaillement à Trift (2’337m), pour remonter une dernière fois de quelques mètres et descendre sur Zermatt, en passant au-dessus de la gare…

Les meilleurs ne mettent pas 5h, ils courent tous les jours, pèsent le poids d’une de mes jambes, courent à la vitesse d’une moto sur le plat, n’ont pas d’amis et je les déteste… Il faut finir en 11h maximum pour être classé, ce qui laisse peu de temps pour un pique-nique ou pour causer avec les biquettes… Après 11h, les passants jettent des cailloux sur les derniers participants en hurlant des insanités… Non, après tu n’es simplement plus qualifié, c’est comme si tu n’avais jamais fini, un DNF qui va hanter ton moral pendant des décennies…

Prenons un peu de recul, lecteur avide et cultivé, pour parler histoire… Lors de ma première participation à l’Ultraks, jeune et pimpant Père de 40 ans,, j’avais bouclé le tour en 10h46, finissant 80ème de ma catégorie… Ok sur 86 participants, dont les 6 derniers avaient abandonné ou été disqualifié (le fameux DNF : Did Not Finish)!

Je n’avais quasiment pas dormi la nuit précédente, pas pu manger le matin avant le départ et vraiment morflé dans les premières montées, me mettant tout de suite dans le rouge, pour morfler ma race pendant 10h46, shootant chaque pierre du parcours à partir de Schwarzee, saupoudrant alors mon parcours de jurons colorés… Trop fatigué, je n’avais même pas pensé à aller chercher mon tee-shirt finisher après avoir passé la ligne d’arrivée.

L’organisateur, dans son immense mansuétude, ou juste par pitié, avait bien voulu me l’envoyer plus tard, en rigolant de mon argutie quant à la taille du Père et son classement inéquitable, mais suggérant, déjà, d’envisager les 16k ou 33k… Je m’étais donc tout de suite inscrit pour le 46k de l’année suivante, par esprit de contradiction et montrer que, telle la biquette des montagne, je ne lâchais rien !

L’année dernière, suite à mes problèmes genouesques (voir l’exceptionnelle chronique de l’année dernière  http://lepereindigne.blogspot.ch/2015/08/ultraks-retour-de-course.html), j’avais mis 10h57, finissant 425 sur 434 qui avaient fini (565 inscrits) et 132ème de ma catégorie (171 inscrits, 134 finishers, tcheu la honte ! Jusqu’à chez moi dans le canton de Vaud, des gens me jetaient des emballages de gel vides ou autres résidus de ravitaillement)…

Avec un manque de confiance patent en mes capacités et une certaine effronterie, mais somme toute beaucoup de réalisme, l’organisateur me félicitait alors, sans rigoler ni me rappeler qu’il me l’avait dit (effort courtois), mais me rappelait qu’il n’y avait toujours aucune honte à courir le 33km ou moins…

Je m’étais donc immédiatement réinscrit pour le 46k, une fois de plus, par défi et pour montrer que Le Père peut faire montre d’une pugnacité hors norme, même dans la connerie !

Donc, Le Père a naturellement fait soigner ses genoux… En juin 2016 alors que cela durait depuis juillet 2015… S’est entraîné comme un fou… Enfin, 500km de moins que l’année précédente, du fait des genoux sus-mentionnés, des punks, du manque de motivation, du mauvais temps, de la position des étoiles et autres considérations importantes…

Je monte à Zermatt vendredi dans l’après-midi. En route, appel d’un copain pour me dire que nous mangeons à 19h au Gampi’s et que nous serons 8… Ca résout tout de suite un de mes problèmes, il ne me reste qu’à poser mes affaires à l’hôtel et aller chercher mon dossard !

Début de préparatif de sac et des affaires pour le lendemain… 14 configurations différentes sont réfléchies, étudiées, disséquées et je finis par partir pour la plus simple : sac, 2 bidons de 0,75l, ce qui est trop et mon sac va se balader, mais tant pis, bâtons, chaussettes, chaussures, manchons, montre à charger et tenue prête, de la bouffe (toujours trop, bien que moins que les autres fois)…

La météo annonce un ciel couvert, avec de la pluie en début d’après-midi… Comme je connais les météorologues, je ne me réjouis pas trop vite et prends un coupe-vent étanche, sans trop croire qu’il pleuvra. La première année, ils annonçaient de la pluie en fin de journée et j’avais souffert du temps (trop chaud à mon goût) et de pluie nous n’avions point eu !

 Le Cervin est légèrement couvert d’un bonnet de nuages quand je vais recevoir mon dossard. Je note qu’ils auraient au moins pu le découvrir le temps que je fasse une ou deux photo… Les Zermattiens n’ont pas le sens de l’accueil du touriste… Sans doute la renommée internationale leur sera-t-elle montée à la tête !


La ville pullule de coureurs. J’ai payé deux Tchétchènes (tueurs sociopathes de leur état, 228 kg combinés de méchanceté, de brutalité et mauvaise humeur…) pour qu’ils pètent les genoux de tous les gars ayant l’air un peu aiguisés ou avec des chaussures de course, avec une limite supérieure à 1,90m, pour être safe, au cas où ils me prendraient, par erreur, pour un gars affûté…

Ok, pendant la course, on doit être fair-play, aider son prochain, respecter les autres concurrents… Rien dans le règlement ne parle de la veille ou de l’avant-course !

Super repas avec des Fribourgeois dont la moitié court. Un autre coureur est inscrit pour le 46k et me dit que nous nous reverrons le lendemain… Comme il ne pèse que 85kg et court des marathons depuis pas mal de temps, je pense que nous allons surtout nous voir sur la ligne de départ… Nous nous quittons et je retourne à l’hôtel pour re-réfléchir et redémonter 3 fois mon sac, habité du secret espoir de me coucher tôt pour bien me reposer…

Naturellement, bien qu’étant crevé comme un sumo qui aurait monté les trois étages de la tour Eiffel par les escaliers au sprint, je n’arrive pas à dormir tout de suite, finissant par trouver le sommeil vers minuit 30, pour me réveiller 5h plus tard…

Je décide de couper au petit déjeuner et me concentre sur les bananes et autres casse-croûte prévus à cet effet. Je m’équipe lentement, me tartine de crème solaire (Mais, la météo annonce de la pluie !? Ahahahahahaha ! Petit scarabée… Je suis météosceptique de confession, ascendant douteux complotiste) et pars dans des effluves d’anti-tique… Ca sert probablement à rien, mais ça pue, c’est toujours ça de pris !

Tout semble prêt… Je pense avoir tout mon matos… Garmin m’a changé ma montre marseillaise (celle qui annonçait 3-5 km de plus que le vrai tracé), la nouvelle semble plus précise mais me laisse une trace rouge urticante à l’endroit de la ceinture et du capteur cardiaque, mes chaussures sont assez portées, mais pas trop vieilles, je n’ai plus mal au genou et ai dormi un peu plus que la première fois… Fin prêt !


Ok, j’ai une cheville qui sort d’une entorse (cheville droite, voir mon délectable, même si un brin humiliant, récit de l’Ultra de l’Eiger http://lepereindigne.blogspot.ch/2016/07/77-dnf-did-not-finish.html) et est équipée d’une atèle et je commence à être malade (diarrhée nasale et gorge en feu avec des ganglions de hamster ayant avalé deux melons…), je suis au top pour une nouvelle performance de folie ! Au moment de quitter mon hôtel, je me sens plutôt comme le fonds d’un WC sans lunette, dans la banlieue chaude d’Arkhangelsk…

Pour augmenter mes chance d’un classement favorable, en plus des Tchétchènes susmentionnés, j’ai versé un laxatif puissant dans les termos de café et de thé des différents hôtels de Zermatt… Désolé, à l’Ultraks comme à l’Ultraks ! Une course se prépare à l’avance et se gagne sur des détails, pas avec du fairplay…

7h15, arrivée dans la zone de départ… Étonnamment, aucun mouvement de foule ou de fan club scandant « Le Père !, Le Père !, Le Père ! »… Je suis un peu déçu et en parlerai à l’organisateur, cet anonymat ne peut plus durer ! Je retrouve Stephan dans la zone de départ, il est chaud et prêt pour une journée de folie !

Contrairement aux autres années, nous ne nous mettons pas tout à l’arrière… Départ ! Je suis tout de suite quelques mètres derrière mon collègue, qui ne boxe définitivement pas dans ma catégorie…

Alors autant je suis pétri d’humour et de bonnes intentions, autant dire que je suis trop gros ou lourd pour aller aussi vite que lui pourrait t’attirer une main sur la tronche, ou une rencontre privilégiée avec un Tchétchène, cher futur père… On ne peut pas forcément déconner avec tous les sujets non plus…

Je cours quasiment jusqu’à l’entrée dans la forêt, début de la première montée… Mon cœur bat trop vite, ce n’est pas terrible, je renifle comme un jeune môme en rupture d’éducation mais suis encore vivant… Je regrette de ne pas avoir pensé à emporter 2 tampons hygiéniques pour stopper un instant mes reniflades en me les fourrant dans les tuyaux à moque. Bien que dénué de toute éducation, ça me dérange un peu qu’on m’entende arriver au reniflement, plutôt qu’au bruit de mon pas altier et jovial…

La première montée pique… Surtout que, comme d’habitude, je double bêtement des coureurs plus lents, ce qui demande beaucoup trop d’énergie et risque me mettre dans le rouge… Enfin, le cramoisi, je suis rouge dès que je cours. On est aussi entraîné par le rythme et ça use alors qu’on est que dans les premiers kilomètres !

Premier ravitaillement, je rattrape Stephan qui a pris une pause plus longue et nous commençons la première descente… C’est par là que l’année dernière j’avais perdu mon genou droit et avais commencé à marcher… Là, ça va pas mal, je gère bien et trouve la descente agréable. Stephan m’a dépassé et avance vraiment bien, je le relaisse partir et me demande si je le reverrai avant l’arrivée !
La descente ne dure pas longtemps et… ça remonte ! 2’000m – 3’100m… autant la montée d’avant piquait, autant celle-là te fait te poser la question sur ta pratique sportive, ce que tu fous là et pourquoi tu ne fais pas du golf, avec des godasses et un pantalon ridicule, merde aussi !

Le Père fait moins le malinois, d’un seul coup… Trimbaler 100kg, même pour un demi-dieu, ça fait mal. Je me fais rattraper puis doubler par tout un aéropage de coureurs… Du jeune au vieux, puis à l’arthritique, aux gars avec les jambes cassées et les béquilles pour finir par des petites vieilles avec leur yorkshire… Toujours vivante, même après l’année dernière ? Il n’a vraiment pas fait assez chaud cette année…

Le temps est couvert, mais il y a trop de monde pour que je tende des croche-patte ou bouscule quelqu’un… Je fulmine intérieurement avec le peu d’énergie qui me reste. Dans le raidillon juste avant d’atteindre la crête qui conduit au Görnergrat, je suis dépassé par un fauteuil roulant électrique… Je m’écrie : « Stephen Hawking ?! Nice to meet you !!! ».

Regard de travers du gars surpris qu’on lui parle ou qu’on ose l’interpeller…

« Mais si, j’ai lu la moitié de tes bouquins, tu ne te souviens pas de moi ?! »

Il fait mine de ne pas me reconnaître – maudit British ! – et accélère. Je crache dans sa direction, atteins la batterie de son siège qui disjoncte. Il se met à dévaler la pente en marche arrière à toute allure en vociférant de manière inintelligible, emmenant quelques concurrents au passage… On est bien peu de chose, mais quelle perte pour la science ! Si je gagne, je dédierais ma victoire à l’astrophysique et ce grand homme parti trop tôt !

Je redépasse short moisi… Non, il n’a pas de trace fongique, mais je suis émerveillé qu’un designer, même dans le domaine du sport où ils osent tout en toute impunité depuis des années, ait pu commettre une horreur pareil… Il est encore plus impressionnant que quelqu’un ait pu vouloir l’acheter ou osé le vendre… N’est pas Wawrinka qui veut ! Ce n’est pas tout d’avoir un short improbable, encore faut-il les performances qui vont avec !

Arrivée au ravitaillement du Görnergrat ! Les montagnes sont couvertes, mais du coup il ne fait pas trop chaud. Je remplis à moitié mes bidons : il n’y a que de la descente jusqu’au ravito suivant, pas besoin d’être trop lourd ! Descente relax avec des pointes dans les parties pas trop raides. C’est assez agréable, mais avec la pluie qui a commencé à tomber, je passe en mode coupe-vent et essaie, étonnamment, de ne pas me péter la tronche.

N’ayant trouvé aucun sponsor intéressé par mes performances, hormis Pampers… Non, pas à cause de mes performances de merde ou de mes fuites gérontiques, jeune père arrogant (tu vas finir par le choper, le coup de tatanes que tu cherches depuis quelques remarques…)! A cause des 5 punks naturellement ! Il faut dire que nous avons lâché plus d’argent chez Pampers qu’Emmanuelle Béart en lifting ou que Ribéry en, comment dire…, nièces ?! Je me retrouve en coupe-vent rouge vif, short gris sombre, chaussures fluo et casquette avec protection pour la nuque…

Dans le meilleur des cas le photographe va me demander EUR 600 pour retoucher la photo, au pire il la jettera en pensant qu’elle est loupée, irrattrapable ou que sa balance des couleurs doit être plantée…

Rien ne m’arrête, pas même l’esthétique et je poursuis ma descente ! Arrivé au ravito, j’ai la dalle, je mange un peu, surtout des Tucs, qui sont pléthoriques, comme le bouillon et tant de choses ! Ami boulimique, si tu veux un buffet à volonté, c’est le bon endroit… Mais ça se paie : il faut l’atteindre !

Les bénévoles sont très sympas, bien qu’il pleuve et qu’ils doivent un peu se les peler… A leur place, j’aurais probablement fini la bouffe et plié depuis une heure, ou jeté des morceaux de bananes sur une partie des participants en les invectivant vertement ! Remplissage de gourde, mélange magique avec deux sachets isotoniques, je repars la bouche pleine et des tucs à la main, en marchant pour finir de manger…

Partie plus ou moins plate, nous longeons la montagne, il pleut. Je rattrape des gens, mais il y a moins de monde. Je m’aperçois qu’il y a des gens qui courent en équipe et qu’ils ne sont pas forcément en meilleur état que moi. Je suis vanné, mais j’arrive encore à courir sur les parties roulantes.

Nous arrivons au point que je redoute : nous sommes au pied du début de la montée de Schwarzsee ! 700m de dénivelé, même sans trop de soleil, ça fait très très très mal !

Le Père, bien qu’une force de la nature (par obligation et à force de traquer le punk), prend cher, comme la plupart des gens… Ca fait la 3ème fois que short moisi me redépasse… Il y a toujours trop de monde pour que je ne tente un coup de bâton ou que j’essaie de la pousser d’une falaise… De toute façon je n’ai pas assez d’énergie pour un coup bas !

Arrivée à Schwarzee et ravitaillement… Le Père revit ! Il faut dire que malgré le temps couvert, savoir qu’on a fait le pire aide… En plus il ne fait pas trop chaud et je peux manger un peu : Tucs à gogo, coca pour tout le monde (c’est ma tournée !) et je repars en direction de la descente en continuant de me baffrer de Tucs !

500m plus loin, j’arrête de me baffrer : entre la descente où j’essaie de courir et le Tuc, je n’ai plus de salive et quasiment plus d’humidité dans le corps ! Je bois un peu et repars de plus belle, bien décidé à courir dans chaque descente ! Descente rendue parfois un peu glissante par la pluie sur les cailloux.

Je dépasse quelques concurrents, pas toujours facile et petite perte de temps par endroit. Très casse-gueule à un passage entre pierres, boue et pente assez raide. Je demeure encore une fois étonnamment sur mes pieds, mais ce n’est que par hasard !

Fin de la rigolade, au fond de la vallée, nous rejoignons le pied d’une des dernières montées… Elle fait mal. Je suis crevé et ralentis pas mal… trop. Short moisi me re-re-re-re-rattrape. Alors que je regarde s’il n’est pas temps de l’envoyer bouler en bas d’un raidillon assassin, elle me salue et se présente. Tiffany est américaine, son mari court la semaine prochaine la CCC, rigolade de plus de 100km dans le cadre de l’UTMB… Trop fatigué pour lui dire que je déteste son mari, mais avoir quelqu’un qui essaie de nous causer aide un peu la tête.

Je la laisse partir et dépasse quelques coureurs décédés : assis sur un rocher, l’œil dans le vide, le poil terne, ils font peine à voir… Je propose mon aide, mais ils déclinent poliment. Ragaillardis par mon état qui ne me semble plus si désespéré, je me remets à l’attaque… Proche du sommet de cette côte, le Père traverse un troupeau de moutons blancs.

« Bêêêêêêêêeeeeeeeee ! » me lâche, mollement, le plus proche en me lançant un regard ovin.

« Gonfle-moi pas, la biquette, j’en bave… Je suis un trailer et là je suis chaud ! Tu me fatigues et je t’embroche avec mon bâton pour faire des Kebab ! ». Le mouton se dégonfle, comprenant instinctivement le danger qu’il y a à affronter un taré des montagnes d’humeur aqueuse…

Je cours un peu sur le plat descendant. Nous passons dans la brume et redescendons dessous. J’aperçois le ravitaillement de Trift, le dernier, précédé de la descente que je déteste et durant laquelle je m’étais cogné les pieds à chaque pierre lors de ma première course…

Là, je survole la descente, virevoltant tel l’orignal au moment du dégel, primesautier tel l’okapi dans sa forêt tropicale de l’Ituri. Dernier ravitaillement… Il ne reste que 8km, avec une petite montée raide et un long plat montant suivi de la descente (plutôt raide !) sur Zermatt. Je prends une décision totalement folle : je goûte 2-3 bouts de fromage ! J’avale deux sachet d’une poudre supposée anti-crampe et repars en mangeant unTuc ou deux…

La montée raide passe vite. Pas de Didier Defago pour me croiser, cette année, juste de la brume. La lente montée finit et je m’aperçois que je ne vais pas pouvoir être à Zermatt en 9h, mais décide de bombarder jusqu’à l’arrivée : de toute façon il ne reste que de la descente !

Je pars vite, en faisant toutefois gaffe où je pose les crampons et les bâtons : je me rappelle bien la vue depuis le train, avant la gare de Zermatt, avec cette falaise que je surplombe à quelques dizaines de mètres près… Je rattrape deux Français, dont un Marseillais déjà croisé plus tôt…

« Attention les jeunes, on s’écarte, c’est le podium qui se joue, là !!!! », rigolade et salutations, ils me laissent passer. Je double tous ceux que je vois. Personne ne me résiste. Je me dis que je vais me planter, bouffer de l’herbe ou de la poussière arrosée de cailloux… Mais ça tient !

Arrive le panneau que je préfère dans cette course : 2km to go !

Je cours toujours. Ca descend, sortie de la forêt. Course-marche-course dans la partie plate avec une petite montée à l’entrée de Zermatt. Je descends la petite rue pentue et prends le tournant sous les acclamations des fans en délire… enfin de la foule et des bénévoles compatissants ! Je rattrape un coureur et le dépasse, plus que quelques mètres avant la ligne…

JE ME FAIS REDOUBLER PAR LE COUREUR !!!!!! Le manouche m’a eu ! Je sprinte de toute la puissance qui reste dans mes petites pattes arrières, boosté par un brin de fierté écorchée vive, mais ne parviens pas à le redoubler avant la ligne !!!!!

Je fais semblant d’être bon joueur et lui sers la main, notant son numéro de dossard pour le retrouver plus tard et lui envoyer un Kirghiz ou deux… Ca ne me fera pas regagner les quelques millièmes qu’il m’a honteusement pris, mais ça me soulagera !

Ca pique, mais je suis plutôt content…

Le premier est peut-être déjà rentré chez lui, mais quel que soit son entraînement, quelle est la probabilité qu’il améliore son temps de 10 minutes ? 30 minutes ? 1h ? J’ai amélioré mon meilleur temps de plus d’1h37… Alors ok, je partais de loin, mais je suis content et me dis que je dois pouvoir améliorer mes montées et aller chercher encore quelques minutes…

Naturellement je remercie mon coach, ai un mot pour mes parents et les punks et naturellement pour Madame, sans qui rien ne serait possible… Enfin c’est ce que j’aurais dit si j’avais été interviewé… Je retrouve les copains qui sont contents, eux aussi.

Stephan s’est fait une balafre au menton et au nez en tombant sur la descente du Görnergrat, mais a fini sous les 9h, la classe !

Comme toute aventure d’Astérix, la journée se termine par un banquet… Enfin, par une douche et une raclette avec un copain qui monte, chaque année !, pour me voir. Il avait prévu que j’arriverais 30’ à 1h plus vite que l’année dernière et a donc raté mon arrivée triomphale, portée par la foule de fans et de naïades vêtues uniquement d’un tee-shirt à la gloire du Père… Je vais probablement être obligé de recourir l’année prochaine, pour qu’il ait le privilège de me voir encore une fois passer la ligne d’arrivée…

Si je reviens l’année prochaine, je demanderais à l’organisateur s’il peut m’avoir un dossard avec comme mention : Le Père Indigne !

Restez-forts et reposez-vous : avec la rentrée, les punks sont fatigués et vont être de mauvaise humeur…  




dimanche 21 août 2016

78 - Trop de vacances tuent les vacances !

Amis des montagnes et de la détente, bonsoir !

Le soleil commence à baisser, dès que je rentre dans la forêt il commence à faire très sombre, vu le coteau sur lequel je me trouve, je ne croise plus de touristes ou de randonneurs… Je sais que je suis parti trop tard ce matin, sans argent (oublié au Bus)… Là, ça commence à sentir sérieusement le sapin… Non, pas parce que je cours dans la forêt, lecteur déconcentré mais fin observateur, c’est la fin des haricots !
J’écris un mot à Madame pour lui dire que je lui indiquerai mes coordonnées GPS avant que mon portable n’ait plus de batterie, pour qu’elle puisse retrouver mon cadavre, rongé par les insectes et autres animaux des forêts valaisannes, touristes agressifs ou carnivores… J’ai en effet la clé du Bus, ça pourrait lui servir ! Elle réagit assez bien en me disant que ça va aller, de faire attention à moi… et de ne pas rentrer trop tard…
Mais revenons en arrière de quelques jours : suite à ma tentative avortée de l’Ultra de l’Eiger (je te prie de bien vouloir cesser immédiatement ce petit gloussement nerveux à chaque évocation de cette course, jeune père innocent et primesautier, la blessure à l’ego est encore suffisamment vivace pour que tu prennes une tongue ou une pelle en tungstène en travers de la tronche si tu persistes à te moquer de moi !), je me remets en selle assez vite… Malgré la cheville, 30 km de vélo mardi et première course mercredi ou jeudi, mais tout doucement, pour faire bouger, et sur un sol plat et meuble.
Préparation, à la fin de la semaine nous partons pour une dizaine de jours en Savoie, pour que les punks profitent de l’air du large… Enfin de la montagne !
Jeudi, matinée tempête : nous préparons les bagages de chacun (quand je dis « nous », c’est le « nous » royal… Madame prépare les bagages des punks pendant que je me repose : lave-vaisselle, tondeuse et préparation de mes affaires, dont les affaires de course pour la sortie longue en communion avec la montagne que j’ai prévu sur place à la fin du séjour pour préparer l’Ultraks…), tentative désespérée de rangement du domicile et de faire ranger quelque chose aux punks, visite médicale…
Pendant que Madame va s’occuper avec ma fille des lapins (vérifier où il est le cu-cul et où elle est la têtête, savoir si c’est un ou une, toutes ces choses drôles qu’un lapiniste averti doit savoir… et que le lapinologue nous facture le prix d’une télé), je commence le tétris habituel : comment faire rentrer 12 mètres cube de bagages et sacs divers et variés dans un coffre qui peut en emporter le tiers… C’est un peu comme faire rentrer un sumo dans un string taille xs, ça demande un brin de pratique et il y a des risques de blessures…
Ayant empilé trottinettes (4 tout de même), poussette, sacs, valises, nourriture qui restait dans le frigo, vestes, pulls, chaussures et autres sacs de sport, le MPPT fait moins le malin, mais tient le choc… En même temps, il nous a déjà lâché mécaniquement sur quasiment tout, si en plus on ne pouvait rien mettre dedans…
Le plan était de partir à 14h-14h30 mais, comme je m’y attendais, nous partons passablement après. Pas spécialement important, mais cela nous permet de bénéficier de bouchons sur le contournement de Genève, avec les travaux dans un tunnel, avant la douane… Nous perdons une demi-heure, rythmée par les rixes et râlements divers et variés des punks, le tout bercé par les hurlements de numéro 5, crevé, mais pas vraiment décidé à dormir…
Douane passée, j’ai perdu 30 ans d’espérance de vie en m’énervant, je me demande si je ne devrais pas commencer à fumer 5-6 paquets de cigarettes par jour, au point où j’en suis… Numéro 2 a besoin d’aller aux toilettes ! Il y est allé avant de partir, mais a besoin d’y aller tous les quarts d’heure, grosso modo, nous nous arrêtons…
Les punks sortent tous en hurlant et prennent d’assaut la place de jeu de l’aire de repos… Numéro 2 a oublié son urgence pipi, je sens des envies de meurtre poindre ! Sortie du Bus, hurlements et noms d’animaux divers et variés, en grande partie ignorés, puis les choses rentrent dans l’ordre, sous le regard amusé d’un automobiliste qui fait une pause et profite de son choix judicieux de ne pas avoir de descendance…
Nous repartons, les punks sont calmes quelques secondes… Un peu normal, ils ont la bouche pleine ! Cela ne dure malheureusement pas longtemps… Ils se battent pour une raison ou une autre, un morceau de chips, un bras cassé ou une ânerie… Madame essaie de se reposer, je me décide à mettre mes bouchons d’oreilles ! C’est beaucoup mieux, j’ai moins de pulsions assassines et suis un peu plus détendu dans ma conduite !
Je me rappelle que, plus jeune, lorsque j’étais encore insouciant comme toi, jeune père, je sortais tous les weekends avec mon escort … Période d’insouciance et de bonheur…
Je parle de ma Ford Escort, lecteur lubrique à l’esprit mal tourné ! Tu pensais à quoi !? A cette époque, calme et musique étaient possible en voiture… Pas de Bus de la honte, une vraie 2 portes, presque sportive ! Bon ok, c’était une Ford, donc aussi un peu la honte, mais maintenant j’envierais presque les conducteurs de mon ancienne Ford !
Cris de ma fille pour attirer mon attention, c’est vrai qu’avec les bouchons et la rêverie je ne l’avais pas entendue… Je décrète que je leur parlerai à l’arrivée et me replonge dans un mutisme hédoniste des plus impolis.
Nous arrivons et avons tout de suite la confirmation d’une bonne nouvelle : l’ascenseur est toujours en panne ! il semble que la foudre soit tombée sur le bâtiment (!) et que l’isolation défectueuse ait entraîné le décès prématuré et fort regrettable du moteur de l’ascenseur !
Je ne prends pas le temps de discuter de la sécurité du bâtiment, s’il n’est pas isolé, trop fatigué et… nous sommes en France : un bâtiment bien fait n’existe pas encore et froisserait les croyances et us locaux…
Bon je sais, un vrai trailer ne prend jamais l’ascenseur, ça c’est pour les chochottes, les poussettes, les arthritiques et les touristes… Mais quand on doit se monter une tonne de bagages au 4e étage, qu’on est épuisé par le voyage, l’emballage des affaires et la gestion des punks, ça pique un peu !
Rapide passage dans une supérette pour acheter les 2-3 choses qui manquent, dont deux biberons pour numéro 5… Ok on a oublié un truc, ça va ! C’est pas comme si nous avions oublié un punk, non !?
Négociations et bagarres pour savoir qui dort où… Nous tranchons et tout le monde boude, ambiance normale mais plus bruyante que ce qu’il n’y paraît : le punk ne boude pas en silence, ce serait trop simple ! Numéro 5 sourit et hurle, lui s’en moque : il dort toujours au même endroit. Début des grandes manœuvres, nous commençons à préparer chacun pour la nuit.
Numéro 5 s’endort assez vite, après avoir hurlé son mécontentement de ne pas être dans sa chambre, numéro 4 et 3 sont couchés dans leur chambre respective (jamais deux punks ensemble sans que l’un des deux ne dorme, malheureux ! Tu veux mourir si jeune, père insouciant !?)… Je n’ai pas dit qu’ils dormaient, ils sont juste couchés.
Balade du soir avec numéro 2, notre petit moment seuls. Important de consacrer un peu de temps seul avec chacun, même si avec 5 punks ce n’est pas toujours très simple ! Discussion à bâtons rompus, junior laisse son esprit aller au fil des pensées, ça part dans tous les sens, mais c’est agréable et il n’y a pas de confrontations… ça change !
A mon retour, numéro 4 ne dort toujours pas. Nous couchons les deux grands et menaçons junior des pires foudres terrestres pour qu’il nous foute la paix enfin, il est 22h, merde à la fin ! Il ne s’exécute pas, naturellement (cet esprit de contradiction doit venir du côté de sa mère…)! Nous sommes fatigués, n’avons plus envie de jouer, j’hésite à sortir le taser et abréger la discussion, Madame tempère mes ardeurs, plus encline à la négociation et la pédagogie…
Quand Madame va se coucher, les punks ne sont toujours pas tous endormis… Un orage léger commence à arriver vers minuit, au moment où je pensais pouvoir aller me reposer…
Numéro 2 et 4, qui ne dorment toujours pas au deuxième coup de tonnerre (pas très proche, ni violent), se relèvent profitant du hurlement de numéro 5 qui s’est réveillé effrayé. Le bruit autorise aussi au passage numéro 1 à se joindre à une réunion de punks faussement effarouchés et heureux d’avoir un alibi pour ne pas dormir.
Tout le monde pleure, sauf numéro 3 qui dort à poings fermés, histoire qu’au moins un punk soit d’attaque pour nous réveiller le lendemain matin… Je fulmine et monte calmer ceux qui peuvent l’être et gueuler comme un putois sur les autres. Ca prend du temps, il faut rassurer tout le monde, les recoucher trois fois en leur expliquant que l’orage est passé… C’est la joie de dormir sous les toits !
Je re re prépare un biberon pour numéro 5 qui gazouille et appelle sa sœur quand elle essaie de se rendormir… Si on ne réagit pas à ses rires et petits appels, il finit par hurler de toute la puissance de ses aigus…
Je finis par aller le chercher, redis à ma fille de ne pas me parler avant le lendemain 8h30, et le descend dans la chambre du bas, à côté de celle dans laquelle Madame dort toujours.
Je fais ce que je peux pour qu’il ne fasse pas de bruit et me couche à ses côtés… Il est 4h30, je n’en peux plus. Numéro 5 me met le doigt dans l’œil, rigole, tente de m’attraper le nez ou de s’asseoir… Je le retourne et lui demande de se calmer. Passage de Madame, surprise de me voir là, je lui dis que je fais cette nuit et qu’on verra pour la prochaine !
Le lendemain matin, Madame me laisse dormir et ce ne sont que les cris des punks qui finissent par éveiller junior en fin de matinée qui me tirent, à regret, des bras de Morphée. Semblant de petit déj et courses, puis nous préparons un pique-nique pour aller à la base de loisir, histoire d’aérer les punks pour les user un peu en prévision d’une nouvelle nuit !
Préparations de 20kg de jouets et nourriture, chargement de tout le monde dans le Bus, hurlements, menaces, nous pouvons enfin partir, dans l’excitation des punks.
Nous mettons sous la poussette ce qui peut y tenir et je porte les sacs pendant que Madame conduit la poussette. Les punks ont déjà disparu, partis à l’attaque du plan d’eau pour les plus grands, à la plage surveillée pour 3 et 4…

Nous trouvons une place pour nous installer, c’est blindé de monde du fait des vacances et du soleil. Il y a des mômes partout, pas mal de gens tentent de se brûler au soleil… Le romantique vieillissant pense tout de suite à Alerte à Malibu avec des bombes qui s’aèrent le bikini sur une plage de sable fin…
On est plus proche de l’échouage massif de cétacés sur les côtes Bretonnes, mais sur de l’herbe… Heureusement que ce n’est pas encore la préoccupation des punks mâles, sinon j’aurais peur qu’ils optent pour l’homosexualité…
Pique-nique et nous lâchons un petit moment numéro 5… Il part tout de suite manger de l’herbe, puis du sable, joue un peu, mais doit être surveillé comme le lait sur le feu : il s’approche toujours de l’eau et risque de se noyer ou de faire mal à d’autres enfants… Madame lui court après, il faut bien que quelqu’un se repose : je me sacrifie et la laisse courir !
Les 4 grands veulent faire du trampoline… Nous nous faisons racketter 24 EURO pour qu’ils puissent s’amuser un petit moment… Suivi, pour numéro 3 et 1 par une séance d’accrobranche, une première pour numéro 3. Pour suivre sa sœur sur le parcours moyen, il débute par le petit parcours, sans trop de souci. Après cet échauffement, le parcours moyen le fait évoluer souvent à plus de 3m du sol…
A un moment il a un peu peur, se crispe et panique un peu. Je lui parle doucement et le calme, il continue. Sa grande sœur lui vient en aide et l’encourage, il prend de l’assurance et adore les tyroliennes. Parcours fini, il veut passer sur le plus grand pour lequel je devrais l’accompagner… Vu ce qu’on a déjà payé (j’ai dû hypothéquer un organe…), je refuse et les raccompagne à la plage.
Madame, qui commence à en avoir marre de lui courir après, me confie numéro 5. Je le mets dans la poussette et pars me balader avec lui et marche jusqu’à Aime, village suivant et départ/arrivée de la 6000D couru l’année dernière. L’aller-retour, interrompu par une averse, occupe bien junior qui passe son temps à faire « kiki » (coucou) ou « tataow » (ciao-ciao) aux personnes croisées en chemin, en faisant un signe de la main pour accompagner. Grand succès, surtout auprès des femmes âgées !
Nous revenons au point de départ près de 1h15 plus tard et 8km après… Junior a fini par s’endormir, peu de temps avant que je ne revienne à la base de loisir. Je le pose à côté de Madame et repars avec numéro 4 à la place de jeu pour les plus petits.
La journée décline et les gens commencent à partir, nous plions, courons après tout le monde et partons pour le Bus qui attend sagement sur le parking qui commence à se vider… Je retourne chercher numéro 2 qui, absorbé par ses jeux avec ses copains ou par défiance envers l’autorité, n’a pas voulu réaliser qu’il était temps de partir…
Pour faire plaisir aux punks, nous avons élu de changer l’organisation des chambrées… Naturellement cela ne plaît pas à tout le monde et il y a râleries et bouderies au dessert… Nous couchons : numéro 5 dans la chambre de droite (il n’y en a pas d’autre dans laquelle son lit tienne et je n’ai pas l’intention de démonter le lit Ikea pour le déplacer, juste pour une nuit ou deux !), qui s’endort assez vite, numéro 4 dans la chambre de gauche. Pour la suite, il est prévu de faire dormir 3 et 2 dans la même chambre que 5 et ma fille avec numéro 4… Rien de très compliqué !
Numéro 4, bien que crevé, lutte et fait le couillon… Numéro 3 semblant fatigué, nous l’envoyons se coucher avec numéro 2. Ma grande attend encore un peu, en lisant un livre et en râlant, que numéro 4 dorme. Numéro 3 et 2 font les andouilles. Menaces et insultes n’y faisant rien, nous descendons numéro 3 qui va dormir tout seul dans le bureau, chambre dans laquelle j’ai dormi la nuit précédente…
Je fais une rapide sortie de 4-5km en chaussures minimalistes Five Fingers, de nuit, sans frontale, après avoir plus ou moins couché les punks, les deux grands encore debout quand je pars… ça fait du bien de se dégourdir et de profiter du calme de la ville endormie…
Oui, vendredi soir, au fin fond de la Savoie, c’est comme une vraie ville à 5h du mat pendant les vacances en semaine : c’est animé, mais je ne dois pas forcément me frayer un chemin dans la foule !
Quand Madame va se coucher, à plus de 23h, numéro 2 ne dort toujours pas, numéro 4 a enfin lâché prise, sans que je n’aie eu besoin de l’assommer avec un bottin ou un ordinateur portable (il n’y a plus de bottin depuis un moment, trop jeune père nostalgique ! Evolue avec ton temps… Sans bottin, un ordio ou un manche de pelle fait aussi bien l’affaire… Attention de ne pas trop doser le somnifère, tout de même, la protection de l’enfance te surveille ! Si tu avais l’outrecuidance de ne pas savoir ce qu’est un bottin, je te déteste, mais tu peux googler pour apprendre, saleté de jeune !).
Afin d’éviter une énième visite du service de protection de la jeunesse, que je profite de saluer ici, je rappelle que ceci est un texte humoristique et que, quelle qu’en soit l’envie, je n’ai jamais endormi un punk quelconque au bottin… Ceux-ci ayant disparu ! De plus les faits susmentionnés étant intervenus en France, nous sommes en dehors de votre juridiction !
Samedi, sortie matinale pour aller compléter ce qu’il faut pour le pique-nique… J’emporte un punk, histoire de soulager Madame… et éviter d’être tranquille : ce serait dommage ! Courses rapides, réclamation de jouets et refus net du Père, boudage et retour au bercail. Comme il fait moins beau, nous restons calmes et allons dans l’après-midi à la place de jeu du skate parc.
Dimanche, je décide par charité et humanisme exubérant, d’épargner Madame et d’emmener les 4 grands au cinéma… Vue que la météo n’est pas top et que je dois me balader avec eux pour que Madame et numéro 5 puissent se reposer la moindre, dans le calme… Nous allons voir Nos Amis les Bêtes, après une balade pour atteindre le cinéma à l’autre bout du village. Long moment de souffrance pour le Père, mais les punks sont contents et ont bien rigolé, ce qui était le but… Ca râle pour rentrer, car il faut aussi rentrer à pied (vu qu’on est venu sans Bus…).
Le Multiple Purpose Punk Transporter, MPPT pour les intimes, a une nouvelle fois besoin que nous passions voir un garagiste… C’est vrai que ça fait déjà plusieurs mois que nous n’y sommes pas allés… Sauf tous les 900-1’000 km pour remettre de l’huile… Changement de freins, rien d’important, et un témoin allumé…
Je pose le Bus mardi matin et reviens à pied avec un petit passage par des courses. La journée se passe avec une visite à la place de jeu/skate parc… Petits bobos et course après numéro 5 sont au programme de l’après-midi. J’embarque numéro 2 et 3 pour aller rechercher le MPPT… Grave erreur : numéro 2 râle et traîne la patte tout le long… Le garagiste me rackette, comme d’habitude (mais 1/3 du montant que m’aurait demandé son homologue helvète) et me dit que pour le voyant lumineux ça va être plus compliqué…
Donc je vais me faire exploser cette fois… Pas du petit racket de quartier, non, là on va tomber dans le grand banditisme… Il faut changer le radiateur du catalyseur… La pièce seule coûte EUR 1’000 et il faut ajouter la main d’œuvre… Il faut commander et elle peut être là dans 3 jours. Je décline poliment…
Quand je rentre de chez le garagiste, Madame est très énervée… Mais je n’ai rien fait il me semble !?
Numéro 4, qui n’en rate par une en ce moment, est monté sur la barrière de la terrasse… Pas debout dessus, heureusement, mais il a mis les pieds sur la partie basse de la barrière (non sécurisée et qui n’est pas faite pour les enfants) et avait tout le torse au-dessus de la rambarde… Il n’a plus le droit d’aller sur la terrasse et nous décidons de rentrer le lendemain…
Ca peut sembler soudain, mais entre les nuits folkloriques, les punks qui n’arrêtent pas de se mettre dessus ou de faire des âneries, notre patience a des limites, qui viennent d’être atteintes… Nous avions plusieurs fois prévenu, la sentence tombe.
Naturellement, lecteur avide et perspicace, tu me diras : et ta sortie longue en montagne de la fin de la semaine ? Tu ne vas pas aller faire l’amour avec la montagne, communier avec la nature ?
Et bien justement, nous rentrons, après les habituelles lessives, courses, démontages des draps et réfections des lits, vidage de frigo et autre nettoyages et Tetris dans le coffre du MPPT. Comme je dois courir en fin de semaine pour préparer l’Ultraks (chronique captivante et comique à suivre prochainement !), je dis à Madame que dimanche sera le jour (c’est le seul dispo dans l’agenda familiale…).
Cherchant une petite sortie tranquille d’une quarantaine de km avec des bosses, un parrain d’un punk et néanmoins ami, valaisan de son état, me conseille le tour des Dents du Midi… J’essaie de télécharger les cartes pour ma montre, mais après 12 tentatives et 7 ans d’espérance de vie perdue en jurons et énervements, je décide de me coucher et d’y aller à la fraîche, sans rien…
Bien que levé à 5h45, je pars tard, me gare à Champéry à près de 9h et commence mon tour vers 10h… Prévoyant, je suis naturellement parti sans lampe frontale, on est le matin, ça a du sens, et sans argent, mon portefeuille étant imprudemment resté au Bus…
Je pars et entre les pauses pour boire, faire des photos, manger un peu et autre, je m’aperçois assez vite que cela ne va pas passer : je vais me retrouver en fin de journée sur le versant sans soleil de la montagne (que je ne connais pas du tout), sans lampe et dans une forêt assez dense (il y faisait déjà presque nuit à 17h !). D’où mon message à Madame du début de cette chronique…
Finalement, je tombe sur un autochtone qui sort une carte papier (il y en a encore, oui jeune père insouciant, et ne fait pas ton malin ou tu chopes un blâme !) et m’indique un raccourci… J’ai de la chance de l’avoir croisé, il n’y a vraiment plus grand monde dans la montagne depuis quelques heures…
Donc je monte, coupe, redescends, force, combats des crampes qui me surprennent : je n’ai pas fait une distance de folie et ai déjà fait bien plus violent… Je finis par arriver sur une route. De l’autre côté de la vallée, je vois la route de Champéry, avec pas mal de circulation… Pas de voiture sur ma route, je prends la direction de Champéry, étant sorti au niveau de Val D’Illiez, mais de l’autre côté de la vallée, je me dis que ça ne doit pas être loin. Il est 19h, Madame va me découper si je rentre trop tard…
Après un kilomètre de course / marche alterné, ponctuée de crampes, j’entends une voiture arriver… Je tends le pouce timidement (Le Père n’a plus vraiment l’âge de faire du stop et ne souhaite pas s’habituer aux pratiques du peuple, il a normalement un véhicule ou, au moins, un chauffeur !) et les jeunes qui sont dans la Honda Civic Vtech mettent 50m pour freiner, compte-tenu de leur vitesse ! J’explique mon problème et où je veux aller. Ils me disent que c’est très loin et qu’ils vont me ramener à mon MPPT…
Le jeune démarre genre rallye, les roues avant ont perdu l’équivalent de 6 mois de gomme. Je suis un brin plié en 8 à l’arrière et les suspensions sont un peu dures. Au bout de 10 minutes, le jeune qui partage la banquette arrière avec moi me demande, l’air goguenard, si je n’ai pas peur…
J’hésite à lui dire la vérité (si, j’ai peur que ton copain ne maîtrise pas autant qu’il pense et que je finisse en viande hachée dans une petite boîte de conserve Honda incrustée dans un mélèze valaisan) et réponds simplement que mon pote pilote de rallye m’a immunisé… Ce qui n’est pas faux ! J’aurais aussi pu lui dire que, comparé au quotidien avec 5 punks, un petit trajet romantique sur les routes valaisannes semblait reposant et de toute façon plus rien ne me fait peur !
Il faut bien 17 minutes, malgré le rythme soutenu, pour rejoindre le Bus. En courant et avec les crampes, j’aurais mis un sacré bout de temps à parcourir cette route qui rejoint Champéry en passant par le fond de la vallée… Je repars, après une pause pour acheter du pain : ne jamais laisser les punks le ventre vide le matin !
Reposez-vous, les enfants ont une énergie extraterrestre… L’accepter ou le savoir ne vous sera malheureusement d’aucune aide !


lundi 8 août 2016

Matinale - 08.08.2016

C'est les vacances, il fait beau, parfois chaud, les oiseaux brillent et le soleil chante...

Les attentats se poursuivent, irréguliers et partout ou presque.

L'économie va très bien, surtout les banques dont certaines ont une nouvelle fois frôlées le dépôt de bilan...

L'Angleterre est ruinée... Enfin devait être ruinée, vu qu'elle ne va pas si mal que ça, quelle surprise !

255'000 emplois ont été créés aux US, alors que c'est sensé être les vacances. Ces chiffres montrent que ça va, mais la croissance est nulle, donc ça ne va pas si bien que ça !? Malgré tout les marchés montent et ont atteints des plus hauts, malgré les banques !

Les JO nous pètent les parties basses à longueur de journée, après le foot, c'est vraiment une mauvaise période pour ceux qui ne regardent pas le port à la TV !

Il ne reste plus qu'à s'occuper des punks ou aller courir !



mercredi 27 juillet 2016

77 - DNF Did not finish...


Amis de la neige et des bosses, bonsoir !

Chronique sans humour, cette fois… De la sueur et des larmes… Enfin, surtout de la sueur… Ben quoi, c’est moi que j’écris, je peux faire ce que je veux, non !?


C’est les vacances, les punks se couchent plus tard (donc, si toi aussi tu vas courir après le coucher du punk, tu dois ressortir ta frontale, jeune père, quel bonheur, cette intimité avec la nuit te manquait !), sont bronzés comme des frites, à force de patauger dans ta piscine gonflable ou celle des voisins (en hurlant comme des putois, comme de bien entendu) et chauds bouillants, par manque de sommeil !


Oui, lecteur innocent, cela ne t’a pas échappé, le punk, quelle que soit l’heure de coucher, se réveille quasiment à la même heure toute l’année… Ce n’est pas juste pour te ruiner les vacances, mais ça assure qu’il soit d’humeur massacrante toute la journée ou presque !

Pour profiter du mauvais temps et calmer les punks qui sont intenables dès qu’ils sont coincés à l’intérieur et ne peuvent pas évacuer leur énergie débordante dans le jardin, la piscine ou sur la tronche d’un frère ou d’une soeur, j’emmène 1, 2, 3 et 4 au cinéma… Le budget pour une sortie cinéma, avec autant de punks, c’est le prix d’une voiture d’entrée de gamme et ça ne les occupe pas très longtemps.


Le monde de Dory, la suite de Nemo… Il me faut moins de 10 minutes (le temps des pubs et des présentations des prochains films) pour avoir envie de mourir… et ça dure ! Retour au bercail, j’ai survécu à mon ennui et mes pulsions suicidaires, numéro 4 montre des signes de fatigue et c’est tant mieux, il dormira peut-être plus vite ce soir !


Semaine simple : mercredi ma sœur m’apporte sa fille et repart avec numéro 2. J’emmène ma fille et sa cousine en Savoie (ok, je vais la refaire encore une fois, pour un de mes innombrables lecteurs, pétri d’humour et pas gonflant du tout : Savoie ou quoi ?) chez les grands-parents. Ma sœur nous rapporte numéro 2 en partant en Savoie d’où elle rentre le lendemain avec les nanas…


Pour rentabiliser le voyage, j’embarque numéro 3, nous mangeons avec les grands-parents, faisons des courses et nous arrêtons chez Decathlon à Albertville pour acheter un casque et des crampons pour le rugby de junior.


Un aller-retour, 4h de route, plus tard, Decathlon n’a naturellement pas de casque de rugby, nous avons trouvé tout le reste et plus, pas mal de courses nourriture et nous nous retrouvons à 5 à la maison… C’est dingue, la maison paraît presque vide ou calme !


Jeudi calme, Madame s’occupe des punks restant (elle n’en a plus que 3, j’hésite à lui donner des tâches diverses et variées pour l’occuper et éviter qu’elle ne s’ennuie !) et se promène en Suisse pour son site www.familles-nombreuses.ch; je profite d’une dernière séance de physio avant ma course et commence à préparer mon sac : vendredi je pars pour Grindelwald pour l’Ultra Trail de l’Eiger !


Fin de sacs, je prends de quoi habiller (pour courir) et nourrir un bataillon d’infanterie en détachement de longue durée et entasse tout dans la petite voiture de mes parents… Oui, lecteur avide, fidèle et si nombreux, Le Père a des parents ! Tu es mignon… En même temps, Apollon lui-même a des parents, il faut savoir faire comme tout le monde…


Le vendredi, j’ai promis de ne pas partir tard… Il y a plus de 2h de route et je dois aller chercher mon dossard, préparer tout pour la course, sachant que je ne sais pas encore ce que je vais mettre dans mon sac, ni ce qu’il faut prendre, que je dois être au briefing de 18h et me coucher vite après avoir mangé car le réveil sera matinal…


L’architecte passe nous voir en fin de matinée, suite à une lettre incisive (en temps normal, j’aurais parlé de lettre de djihadiste, mais compte tenu de l’actualité, je me bornerais à incendiaire, faute de mieux et par décence… en gros, l’architecte doit avoir les hémorroïdes qui piquent grâce à la prose Madamesque… Amis de la culture…) mais exacte de Madame décrivant par le menu tous les défauts encore en souffrance après 5 ans…


Je reste pour cette visite, pour m’assurer que Madame ne va pas commettre un architecticide, sans grand espoir d’amélioration : tout est normal, même des fissures plus grandes que moi apparues un peu partout, mais elle propose 2-3 pistes pour des améliorations et nous parle des travaux à venir… 4 villas de plus dans notre micro-quartier, va falloir se serrer et supporter des travaux le matin à 7h pendant plus d’une année !


Il va de soi que, pour Madame comme pour le Père, un bon architecte est un architecte mort, si possible dans d’atroces souffrances (forcé de regarder une semaine les Télétubbies en boucle, lui mettre les hurlements de junior à fond dans un casque avec les odeurs des 2-3 pires couches de la semaine, l’écarteler ou le rétamer méthodiquement à coup de Morgenstern… en ordre décroissant de douleur). Naturellement le règlement de PPE de notre quartier m’interdit de l’enterrer dans le jardin, qui est de toute façon trop petit pour ce genre de facétie, ce qui explique que le nôtre soit toujours vivant… Jusque-là !


Donc je pars après le repas des fauves, laissant les punks devant un dvd, chez le voisin ou en sieste, suivant leur âge. Personne ne prend la peine d’agiter un mouchoir à la fenêtre en pleurant mon départ à la Kim Jong-Un… Tout fout le camp !


Autoroute et arrivée sans histoire. Je checking, gare la bagnole, passe en chambre et pars chercher mon dossard… Je reviens en vitesse pour faire mon sac : il y a contrôle du contenu du sac et du matériel minimum à emporter avant qu’on nous donne le dossard…


Je me dépêche et retourne à l’endroit où ils distribuent les dossards… Le vieux Suisse Allemand tout pérave ne contrôle que 2-3 éléments du matériel obligatoire ! Je jure et hésite à lui coller un bon bourre-pif, pour le dérangement, ayant dû courir pour tout avoir dans mon sac exprès pour ce contrôle ! Pas le temps, l’heure du briefing approche et je n’ai pas encore obtenu mon dossard…

Numéro en poche, je suis juste à temps au briefing.

Avec l’Eiger en fond, le briefing n’apporte pas beaucoup de nouvelles, si ce n’est qu’il y a de la neige, beaucoup de neige, sur le haut du parcours… Ils recommandent de prévoir une paire de chaussures et de chaussettes de rechange au ravitaillement de mi-parcours, à 54km…


Je repense à la paire de chaussures commandées, il y ­a deux semaines, et qui n’est toujours pas arrivée et me fais une note pour plus tard : aller brûler un serveur de ce site web de merde et ne plus commander par ce biais !


Retour à l’hôtel pour une assiette de pâtes. Je refais 6 fois mon sac pour le lendemain, ai acheté ce qu’il faut pour mes sandwiches de milieu de course et suis fin prêt, ou autant que je puisse l’être. Je me couche tôt, 22h-22h30, pour être en forme pour le petit réveil à 3h-3h15…


Je me relève à 23h30, minuit, minuit et demi, 1h… Je n’arrive pas à dormir !!!!!!! Bon, il faut dire que j’ai dormi plus de 8h la nuit précédente et n’ai pas décalé mon réveil pour m’approcher de l’heure de réveil de la course la semaine précédente, très grave erreur de débutant… Je n’arrive pas à dormir !!!! Finalement, je m’endors après 2h22 et me réveille à 3h20.


Au petit déjeuner, nous ne sommes que 2… Forcément, à 3h35 du mat, ce n’est pas la foule des touristes qui nous gêne… L’autre concurrent m’ignore, alors que nous sommes tout seuls et à 2 mètres l’un de l’autre, il semble même me faire la gueule… Il doit savoir que je vais lui mettre la misère plus tard… ou pas !

Une aspirine plus tard, j’ai toujours les cheveux qui poussent et arrive dans l’aire de départ. Il fait nuit, nous avons nos frontales, j’ai la tête au fin fond du c…, un peu froid et de gros doutes… Je n’ai pas spécialement envie de courir, surtout pas une telle distance… L’appétit vient en mangeant qu’ils disent, ça viendra donc en courant !


Le coup de départ est tiré, sans blessés, il y a pas mal de coureurs devant moi, je suis trop en arrière une nouvelle fois… Ca part vite devant, probablement parce qu’ils connaissent le parcours : à moins de 10 minutes du départ, gros bouchon, nous sommes arrêtés pendant 15-20 minutes.


Je fais la connaissance d’Olivier et Jean-Claude, trailers parisiens (plus âgés que moi, ça veut dire qu’on doit pouvoir commencer à les dater au carbone 14 ou qu’un paléontologue compétent doit les connaître, mais ils sont plus en forme que la moitié de la planète, et d’ailleurs que votre serviteur, surtout à ce moment-là et avec si peu de sommeil). A eux deux, ils ont couru l’équivalent de plusieurs fois Berne-Paris, mais avec du dénivelé… Nous patientons dans la fraîcheur nocturne, cernés par les montagnes qu’on commence à pouvoir distinguer.


Nous continuons après cette longue pause et la montée commence, avec le chapelet de frontales qui dessine notre passage furtivement sur les coteaux… C’est beau !


Je reste avec Olivier et nous perdons Jean-Claude, un peu plus lent. Ca aide d’avoir quelqu’un qui donne le rythme et me tire un peu en avant. Dès que c’est plat ou ça descend, je prends de l’avance. Olivier me rattrape après le premier ravitaillement, au moment où j’évacue des cailloux de mes chaussures et en profite pour faire des photos des fabuleuses montagnes que le soleil commence à éclairer… Splendide ! Ca laissera une preuve que j’ai couru un peu si je ne devais pas finir ou mourir dans la montagne et qu’on ne retrouve que mon sac, mon téléphone et mes bâtons à côté de ma carcasse qu’une chèvre finit de ronger… Le génie disparaît parfois bien tragiquement !




Il fait frais, mais je ne mets pas mon coupe-vent, j’aurais trop chaud… Compliqué la course, enfin la marche : trop froid, trop chaud, trop pentu à la montée, trop pentu à la descente, trop de neige, trop chaud, fatigué, trop de boue !


Nous laissons la Gross Scheidegg, solide montée jusqu’à First, passage aérien avec la passerelle (pas trop prévue pour les grands, ni pour les vidophobes ou autre vertigineux, je dois à moitié ramper ou me plier en 28, ce qui n’est pas une mince affaire compte-tenu de ma souplesse légendaire !) qui nous amène au ravitaillement.


Partie pas super agréable : les coureurs du 51km nous rattrapent et sont plus frais que nous (ok, vu ma nuit, je suis frais comme un sürstromming d’entrée de gamme (pour mes lecteurs aventuriers, voici le lien… il paraît que l’odeur suffit à faire vomir les plus aguerris… )), j’en laisse passer pour ne pas ralentir tout le monde et recommencer à respirer… On perd beaucoup de temps à se mettre de côté, ce qui n’est pas très agréable…


Ravitaillement et ça redescend un peu. Montées, descentes, neige, boue, neige, neige et nous arrivons à Faulhorn, le point le plus haut de la course. Le ravitaillement est plein, nous attendons plus de 15 minutes encore pour atteindre les boissons, nous repartons sur une partie très casse-gueule : la neige est plus ou moins tassée (étonnamment, je ne suis pas parmi les premiers…) et glisse beaucoup. Je passe en poudreuse pour doubler et ne pas me casser la tronche, de toute façon on a les pieds mouillés depuis longtemps !



Les paysages sont vraiment à couper le souffle. Nous voyons les lacs de Thoune et de Brienz avec Interlaken depuis le sommet, tout est joli et donne envie de prendre plus de temps… En même temps, je ne vais pas super vite et il y a toujours des portions raides qui me ralentissent. Nous redescendons, passons enfin sous la partie neige, puis sous la partie boue.

Un dernier ravitaillement avant de retourner au fond de la vallée, au ravitaillement de mi-course, à 54km. Il ne reste que 9km jusqu’au bas de la pente, mais il y a encore des montées en cours de route et des sévères !

Bon je dois faire une pause culturelle à ce stade… Quand tu cours quelques heures, arrive un moment où tu dois aller te soulager… Les hommes sont naturellement avantagés par rapport à la gent féminine par leur capacité à arroser les arbres ou écrire leur nom dans la neige (toujours très classe !), sans que cela soit trop spectaculaire… J’ai toujours eu de la peine à comprendre d’ailleurs, le besoin d’uriner de certains de mes compagnons de course 300m après le départ… Je peux envisager qu’on n’ait pas tous une vessie de chameau malgache, mais 300 mètres, il faut penser à acheter une poche !?


Donc à ce ravitaillement, je vais au toilettes… Enfin… Vous voyez la Cabane au fond du jardin ? Ben, ça c’est la partie poétique et bucolique… La réalité : vous vous souvenez de la scène des toilettes dans le film Desperado ? La scène dans laquelle Tarantino doit passer par des toilettes hors services pour rejoindre une salle dissimulée pour discuter avec les méchants… Les toilettes ressemblent à des toilettes pas propres et hors d’âge au milieu desquels un tas de lisier aurait été disposé, éparpillé à l’aide d’un explosif assez conséquent pour en mettre quasiment jusqu’au plafond… En voyant le film, on a presque l’odeur…


Ben là, c’est le même genre, mais avec une planche en bois trouée comme WC et sans eau ou évacuation. J’attends que le précédent coureur sorte, laisse une abeille aller respirer plus loin, pose mon sac devant la porte, pour indiquer aux plus observateurs que le lieu est occupé, et entre tenir compagnie aux mouches et odeurs fétides… On se croirait dans un bouge peu fréquentable d’un coin reculé du Tadjikistan… Le luxe tient à peu de chose… Je frôle la mort par gazage ou de me noyer tant l’odeur est épaisse !




Repartant du ravitaillement, soulager de re-respirer librement, je suis pas mal et avance bien dans cette descente. Bien entendu, je ne suis pas en avance sur ce que je souhaiterais faire, mais après cette nuit ce n’est pas si mal. Nous passons dans des forêts très jolies, mais difficiles : ça glisse et descend très fort, il y a des parties avec des sortes d’escaliers, pas très agréables pour les genoux, mais nous sommes au moins à l’ombre et il fait moins chaud !


Quasiment au kilomètre 49, je double un coureur et pose la basket sur le bord du chemin. L’herbe a été coupée récemment. Je ne vois pas un trou. Je me retrouve 2 mètres plus bas dans le pré, la cheville droite a lâché… Je jure, essaie de me remettre dessus, mais ce n’est pas top…


Je réalise que la course est finie : je viens de me faire ma 18ème entorse (plus que 2 et j’en ai une gratos) ! Le poignet a morflé, mais je peux vivre et courir avec. Pour la cheville, c’est plus compliqué : dès que le sol n’est pas plat, en dévers, je ne peux pas courir…


Je marche et perds énormément de temps : entre l’entorse et laisser passer les coureurs innombrables, je dois bien perdre plus d’une heure pour arriver au ravitaillement. Tous ceux que j’ai doublé récemment ou dans les montées précédentes me reprennent… Ca pique !


Bitume, je peux courir pour passer la ligne d’arrivée au ravitaillement… Direction le poste de secours ! Le médecin local me demande ce qui s’est passé et je lui explique. Il regarde, met un bandage frais et un gel à la con et me prend ma puce : si je poursuis, je ne ferais que me blesser ailleurs ou aggraver mon entorse…


Arrêter comme ça fait très très mal au moral et est dur à accepter… Après 2-3 heures, je me dis que si ma cheville n’avait pas lâché à cet endroit, ça aurait été plus tard et aurait pu être pire… Je suis crevé, furieux, dégoûté… Je passe voir 2-3 candidats arriver (ils ont mis 12-13h pour faire la course complète, je les applaudis en les détestant copieusement !!!!) et boitille jusqu’à mon hôtel.


Passage en pharmacie après une douche bien méritée (je ne sentais quand même pas encore comme les toilettes du ravitaillement, il aurait fallu être décédé depuis plusieurs jours, mais une mouffette canadienne se serait spontanément approchée, par curiosité…). Gel à la con (encore) et de quoi essayer de réduire la superficie de ma cheville qui commence à menacer le village voisin…


Je finis mes sandwiches et m’endors vers 21h30, irrité par les applaudissements et encouragements du public pour les coureurs qui arrivent encore… et vont continuer à arriver jusque vers 6h30 demain matin !

Longue nuit, la première depuis fort longtemps… J’aurais tendance à dire depuis l’Ultraks ! Je plie mes affaires, paie l’hôtel et rentre.


Les punks sont contents de me revoir, à défaut d’avoir pleuré mon départ. Numéro 3 est en caleçon, sur le canapé, en train de lire une BD avec un bonnet de Père Noël… Rien d’exceptionnel, mais je commence à m’inquiéter de trouver ça normal !


Pour passer mes nerfs, et surtout nourrir les punks, je fais une ratatouille… Oui, la ratatouille passe les nerfs, c’est de notoriété internationale et démontrée par une récente étude du MIT de Boston… Nous faisons manger les punks, les soirées en mode vacances sont souvent compliquée et se termine assez tard…

La semaine se termine, les vacances sont encore longues, repose-toi jeune père sinon tu ne vas pas tenir jusqu’à la rentrée : tu as l’air fatigué !

La même chronique sur le site de Madame...